Théâtre d’Ombres Nomade

pouvant accueillir plusieurs histoires

Première Histoire :

Adaptation de « L’ Enfant d’Eléphant »

d’après « Histoires comme ça » de Rudyard Kipling

 

 

Conception graphique : Sonia Millot

Mise en scène : Sonia Millot & Vincent Nadal

Artistes Comédiens - Marionnettistes :

Sonia Millot et Vincent NadalConstruction : Jean-Luc Petit

 

Création musicale et sonore : Hervé Rigaud

Production : Karine Hernandez

 

 

 

 

 

 

 

L’histoire

Du temps où les éléphants avaient une trompe ridiculement petite et fort peu pratique, un enfant d’éléphant, un éléphant tout neuf, d’une insatiable curiosité, déchaîne la colère de sa famille à toujours poser d’improbables questions.

En guise de réponses, de ses tantes l’autruche et la girafe, de ses oncles l’hippopotame et le babouin, il ne reçoit que brimades et coups.

Mais peu lui importe, il reste d’une insatiable curiosité !

Jusqu’au jour où l’éléphanteau pose une nouvelle et terrifiante question : “Que mange le Crocodile pour son dîner ?

Toutes et tous, même ses propres père et mère le font taire.

Alors, suivant les conseils de l’Oiseau Kolokolo, il se rend sur les bords du Fleuve Limpopo.

Là se trouve la réponse à sa question.

De son voyage et surtout d’une certaine rencontre, il revient orné d’une avantageuse et bien plus efficace trompe, propre à impressionner toute sa famille.

Et c’est depuis ce temps que les éléphants arborent la longue trompe que nous leur connaissons.

 

 

Notre lecture

Ainsi, l’enfant d’éléphant a ce « quelque chose » qui « raconte de la vie » : est-il bon d’être curieux ? Peut-on vivre, grandir, sans une insatiable curiosité ? L’enfant d’éléphant a un profond et vif appétit d’apprendre et pour cela, il est même prêt à prendre le risque de faire « ce qui n’est pas normal » de faire.

Ne pas se contenter du « c’est comme ça », partir vers l’inconnu, rencontrer l’autre pour mieux savoir, surtout pour « plus éprouver », « plus vivre », comprendre le monde qui nous entoure quand nous, les grands, avons cessé parfois de nous étonner.

 

Cette histoire raconte la capacité de chacun-e a à découvrir et à revendiquer sa vision du monde et sa force de créativité.

Une fois que l’on a découvert le monde, il ne nous reste plus qu’à le transformer, tel l’enfant d’éléphant qui change à tout jamais « la grande histoire » des éléphants : c’est grâce à lui, à son audace, que tous les éléphants ont aujourd’hui la trompe sans laquelle ils ne seraient pas tout à fait des éléphants !

 

Et, d’une certaine manière, L’Enfant d’éléphant nous parle aussi de « l’autre », celui qui est différent, celui qu’on ne connaît pas et qu’on a peur de connaître.

 

Comme quoi, les à priori ont la peau plus dure que celle des éléphants eux-même!

 

Notre dispositif scénographique, notre théâtre d’ombres

Face aux spectateurs, un cercle d’1,70 mètre de diamètre.

C’est notre écran de projection. Blanc.

Nous le rêvons aussi pur qu’une des derniéres œuvres d’Anish Kapoor (2017) Red Lands for Grenfell, disque monochrome, puissant tant par sa simplicité que par sa force d’évocation.

Nous le rêvons comme « ne touchant pas terre », à la manière des disques miroirs suspendus installés par Cerith Wyn Evans lors de la Biennale d’art contemporain de Lyon (« Mondes Flottants » - 2017).

La sensation d’une « porte ouverte vers un ailleurs ».

Ce cercle suspendu, entre art cinétique et art concret, convoque aussi un imaginaire plus brut, quasi naif, avec ce quelque chose d’enfantin de nos premiers dessins, de nos premiers ronds.

Un iris qui ouvre sur un monde imaginaire…

Un disque gardien des histoires que l’on aime se raconter.

 

Dans le noir, la lumière se fait derrière l’écran, et les ombres apparaissent.

Et notre histoire et notre voyage peuvent commencer.

 

Nos ombres, en bois de marqueterie, carton, papier noir « peau d’éléphant », s’inspirent de techniques traditionnelles: silhouettes ciselées, articulées, paysages-décors découpés-ouvragés, ombres noires et colorées, posées ou manipulées derrière l’écran.

 

Cette « langue marionnettique » quasi ancestrale, nous l’enrichissons d’un vocabulaire et d’une grammaire plus actuelle: ombres d’objets, de matières - matières ramassées sur les plages de l’océan, sur des chantiers, trouvées dans les poubelles, paille de fer, éponge, filet de légumes, matières plastiques, paille de balai ou de corbeilles - seules ou bricolées-associées aux silhouettes ou décors, comme pour faire apparaître des êtres et des lieux plus fantaisistes que réalistes.

 

Derriére l’écran, une lampe de chantier, des lampes col-cygne, des sources lumineuses autonomes manipulées à la main.

Devant l’écran, jeu de miroir, de lampes, et divers « systèmes d’ambiance visuelle » (!).

 

Un moment théâtral joyeusement artisanal qui signe sa modernité traditionnelle, ou sa moderne tradition, comme chacun-e voudra bien l’entendre.

 

Le texte, on s’en joue.

Nous le faisons nôtre.

Car si nous sommes manipulateurs, nous sommes aussi, et peut-être surtout, acteurs-conteurs.

Nous scénarisons cette histoire pour qu’elle rencontre la force des images propre au théâtre d’ombre et sa temporalité.

Nous le ré-inventons pour qu’il nous parle et parle aux spectateurs d’aujourd’hui.

Nous réécrirons les questions que pose l’enfant d’éléphant.

Il peut aussi bien demander à sa tante l’autruche - car en Afrique un-e ami-e, un-e voisin-e, une connaissance peut aussi bien être maman, cousin, oncle ou tante – « comment se fait-il qu’avec autant de plumes on ne vous voit jamais voler dans le ciel ? ». Genre de question qui ne se pose pas !

Bien sûr nous gardons la question sur ce que mange le crocodile.

Nous réécrirons aussi les coups pris par l’enfant d’éléphant. Son oncle le babouin, plutôt que de le cogner du revers de sa main poilue, le rejettera bien loin de lui à la force d’un pet sorti de son arrière-train aussi coloré que protubérant !

 

En quelque sorte, nous laisserons libre cours à nos lubies.

 

C’est pourquoi le voyage-aller de l’enfant d’éléphant sera bien plus long que dans le récit de Kipling.

Puisque, comme il l’écrit « l’enfant d’éléphant remplissait toute l’Afrique de ses questions », nous avons imaginé un trajet en forme de point d’interrogation. Point de départ : le sud-est du Nigéria (région du Yankari), point d’arrivée : la frontière entre le Zimbabwe et l’Afrique du Sud, frontière que trace le fleuve Limpopo. Le point du point d’interrogation est alors en plein centre de l’Afrique du Sud, là où Kipling situe son histoire.

Alors, l’enfant d’éléphant quitte sa forêt aux fleurs multicolores, traverse les plaines terreuses et arides du Niger, découvre les dunes orangées du sud Sahara, s’abreuve aux oasis bleu émeraude du désert Lybien, s’émerveille des monts rocheux en forme de dromadaire, passe devant les pyramides égyptiennes et la statue du Sphynx, redescend vers les forêts luxuriantes et les hauts plateaux qui dominent les gorges aux impressionnantes chutes d’eau de Centrafrique et du Congo, et arrive enfin sur les bords marécageux du Limpopo où règnent les crocodiles les plus agressifs d’Afrique.

Autant de paysages à concevoir et à réaliser !!!

Un voyage au cours duquel la création musicale et sonore prendra toute sa place.

 

Chaque séquence nous inspire…

Comment mettre en jeu la trompe de l’enfant d’éléphant, croquée dans le gueule du crocodile, qui s’allonge ?

Comment représenter le serpent-python bicolore des rochers ?

Qu’allons nous « ajouter » qui n’existe pas … un peu à la manière de Kipling qui dit que « tout cela ne veut rien dire ; j’ai mis cela parce que j’ai pensé que cela faisait bien » ?

Ou pas …